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Fact-check : Jacques Kongolo est-il un « agent du Rwanda » comme l’affirment certains messages en ligne ? Voici les faits

Depuis plusieurs jours, des publications circulant sur les réseaux sociaux accusent Jacques Kongolo, chargé de mission du président de la République démocratique du Congo suivi des questions communautaires et identitaires dans la partie orientale du pays, d’être un « agent du Rwanda » qui percevrait encore un salaire de l’administration rwandaise.

Ces accusations apparaissent dans un contexte de tensions persistantes entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, accusé de soutenir la rébellion du M23.

Nous avons examiné ces affirmations

L’infox

Selon plusieurs publications relayées sur X et Facebook, Jacques Kongolo serait en réalité un citoyen rwandais qui continuerait à percevoir un salaire comme « agent d’Umwirondoro », une entité administrative au Rwanda.

Ces messages affirment également que son père aurait été chef dans la région de Kayonza et que ces informations seraient « numérisées dans l’administration rwandaise ». Les auteurs insinuent ainsi que Kongolo agirait au sein des institutions congolaises tout en restant lié à l’État rwandais.

Aucune preuve ou document officiel n’est toutefois fourni pour étayer ces accusations.

Ce que l’on sait de l’identité et du parcours de Jacques Kongolo

Les éléments biographiques disponibles situent l’origine de Jacques Kongolo dans l’espace congolais.

Il est né dans la zone d’administration de Vyura/Kingungwa, dans la collectivité de Tumbwe, groupement Fatuma, territoire de Kalemie, dans l’actuelle province du Tanganyika. À l’époque de sa naissance, cette région faisait partie du grand Katanga, dans la République démocratique du Congo.

Ses deux parents sont originaires du territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu.

Selon plusieurs témoignages locaux, son père fait partie des premiers membres de la communauté Banyamulenge à s’être mariés à Vyura dans le secteur du Tanganyika.

Son grand-père, Joël Mutabazi, est présenté comme le premier pasteur de l’Église Méthodiste Unie à Vyura, ce qui témoigne d’une présence ancienne de la famille dans cette région.

Le témoignage d’un ami d’enfance

Des détails sur l’enfance et la scolarité de Jacques Kongolo sont également confirmés par Kitungwa Pacifique, un ami d’enfance ayant grandi avec lui dans la région.

Selon ce dernier, Kongolo a fréquenté :

• l’école primaire de Kabutonga, dirigée à l’époque par Ngoyi Kalowa.

• son enseignante de la première primaire s’appelait Kasongo à l’école, connue dans la localité.

• puis l’Institut Vyura pour le cycle inférieur de ses études secondaires.

« Nous avons grandi ensemble et étudié dans les mêmes écoles. Son père était proposé de remplacer son oncle paternel qui était le chef de localité Kingungwa. D’ailler même le grand père de sa mère était chef coutumier du secteur de Tanganyika avant qu’il ne se déplace vers Vyura », explique Kitungwa Pacifique, qui affirme également se souvenir des autorités locales de l’époque, notamment le chef de localité Kingungwa, le chef de groupement Fatuma et l’administration de la collectivité de Tumbwe dans le territoire de Kalemie.

Ces témoignages situent le parcours de Kongolo dans le contexte administratif et social congolais.

« Je n’ai jamais travaillé au Rwanda, la dernière fois que j’ai été dans ce pays c’était en 2010, j’étais en transit pour l’Éthiopie », a déclaré brièvement Jacques Kongolo.

Pourquoi Jacques Kongolo est aujourd’hui ciblé

Plusieurs éléments permettent de comprendre pourquoi cette personnalité est devenue la cible d’attaques sur les réseaux sociaux.

Une nomination symbolique

Jacques Kongolo est considéré comme le premier membre de la communauté Banyamulenge nommé par ordonnance présidentielle comme chargé de mission du chef de l’État pour les questions communautaires et identitaires dans l’Est du pays.

Avant lui, Azarias Ruberwa avait occupé des fonctions importantes au sommet de l’État après le Dialogue intercongolais de Sun City, qui avait intégré plusieurs mouvements rebelles dans les institutions congolaises.

Ses dénonciations de l’implication rwandaise

Jacques Kongolo fait partie des personnalités Banyamulenge qui dénoncent publiquement des incursions de l’armée rwandaise dans certaines zones de l’est de la RDC, notamment autour de Minembwe et dans plusieurs localités du Sud-Kivu.

Ces prises de position vont à l’encontre du discours défendu par Kigali sur le conflit dans la région.

Son rôle dans la médiation communautaire

Dans le cadre d’une mission confiée par le président Félix Tshisekedi, Kongolo s’est rendu à plusieurs reprises dans les territoires de Fizi et Uvira pour tenter de réduire les tensions entre communautés.

Il a rencontré des leaders locaux ainsi que certains responsables de groupes armés afin de promouvoir la coexistence pacifique.

Parmi eux figure le chef rebelle Amuri Yakutumba, qui a depuis appelé publiquement les communautés de la région à vivre ensemble.

Kongolo s’est également déplacé dans plusieurs zones sensibles, notamment Makobola, Kigongo et les lignes de front autour d’Uvira, pour soutenir les initiatives de paix et encourager les forces engagées dans la défense du territoire.

Des démarches diplomatiques à l’international

Jacques Kongolo a également participé à des démarches diplomatiques visant à expliquer la position de Kinshasa sur la crise sécuritaire dans l’est du pays et sur la présence présumée de forces rwandaises en RDC.

Il a notamment rencontré des responsables américains, européens et qataris.

À Doha, il a pris part à des discussions liées à un protocole d’échange de prisonniers entre le gouvernement congolais, la rébellion du M23 et le Comité international de la Croix-Rouge.

Ainsi donc, aucune preuve publique ne permet de confirmer les affirmations selon lesquelles Jacques Kongolo percevrait un salaire du Rwanda ou serait un agent de l’administration rwandaise.

Il est connu et célèbre même quand il était en Éthiopie, il s’est engagé pour lutter contre l’usurpation d’identité faite par certains Rwandais qui cherchaient à aller en exil. Ils utilisaient ces identités congolaises de Banyamulenge.

Kongo a passé sa vie chez l’ancien gouverneur Norbert Basengezi Katindtima.

Les publications à l’origine de cette accusation ne fournissent ni documents officiels ni sources vérifiables.

Dans le contexte de la guerre informationnelle entourant le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, ces accusations s’apparentent davantage à une tentative de discrédit visant une personnalité engagée dans les initiatives de médiation et dans la dénonciation de l’implication rwandaise dans la région.

Daniel Michombero

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