Les femmes de la mine : les "creuseuses sans bêche”
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RDC: Les femmes de la mine : les creuseuses sans bêche

Après une semaine dans différents carrés miniers au Sud-Kivu, Reelactu a rencontré des creseurs dont des femmes et leurs chefs pour comprendre ce qu’elles traversent dans ce secteur.

Sur terrain, la situation est alarmante, les coutumes et traditions locales supplantent souvent la loi. Dans plusieurs territoires miniers comme à Mwenga, Shabunda ou Fizi, la femme est interdite d’accès à certains carrés miniers sous prétexte qu’elle « fait fuir l’or ».

« Le Code minier donne accès aux ressources aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Mais dans la pratique, les coutumes pèsent lourdement sur nous. Ces règles ont été taillées à la mesure des hommes », explique Agnès Sadiki, de l’organisation Rien sans les Femmes.

Les femmes représentent entre 20 et 50 % de la main-d’œuvre active dans les zones minières artisanales. Elles sont broyeuses, laveuses, porteuses ou récupératrices de déchets miniers, travaillant souvent dans des conditions inhumaines.
Pour survivre, certaines se tournent vers le petit commerce ou la restauration de fortune, d’autres tombent dans la prostitution. On les appelle avec ironie les « creuseuses sans bêche ».

« Nous sommes dans la souffrance. Nous travaillons dans l’eau, les enfants n’ont plus accès à l’école, nous n’avons rien gagné malgré nos efforts », témoigne Madame Nabakanga Mwenga, twangeuse à Mwenga.

« Nous nous donnons aux hommes pour nourrir nos enfants. L’eau salée dans laquelle nous travaillons nous rend malades », confie Ngaliya Sankule, 23 ans.

Les femmes subissent également des fouilles corporelles humiliantes, des dettes imposées, et un harcèlement sexuel quasi institutionnalisé.

« Les femmes portent des dizaines de kilos de quartz sur leur dos. D’autres broient ces pierres toute la journée, leurs paumes sont plus dures que du fer », décrit Stella Yanda, coordinatrice de l’organisation Initiatives Alpha.

Depuis plus de 30 ans, l’Est de la RDC est ravagé par des conflits armés que finance en grande partie l’exploitation illégale des minerais. Les groupes armés qu’ils soient congolais ou étrangers comme le M23 contrôlent plusieurs zones minières.

Dans ces régions, les femmes sont doublement victimes : exploitées sexuellement et économiquement. Elles doivent parfois céder leurs corps pour obtenir le droit de travailler ou payer une « taxe » aux combattants.

« Pour qu’une femme travaille ici, elle doit d’abord être exploitée sexuellement. C’est la condition d’accès », révèle Christophe Songa, superviseur au site minier de Camp Danger.

L’impunité règne. L’absence d’autorités, de police et de services d’assistance fait que la plupart des cas de viols ou d’abus sont “réglés” à l’amiable, au détriment des victimes.

L’exploitation minière en RDC ne peut plus être considérée comme un simple enjeu économique. Elle est aujourd’hui une question de justice, de dignité et de droits humains.

Les réformes en cours du Code minier et du Code de la famille doivent impérativement intégrer la dimension genre : Reconnaissance et protection : inclure formellement les femmes dans le secteur minier, garantir leur sécurité et prévenir les violences.
Lutte contre l’impunité : sanctionner sévèrement les auteurs d’abus, d’escroqueries et de violences sexuelles.
Développement durable et inclusion : permettre aux femmes d’accéder à la formation, à la gestion et à l’entrepreneuriat minier pour briser le cycle de dépendance.

La RDC est assise sur l’un des plus grands trésors miniers du monde, mais ses citoyens et particulièrement ses femmes n’en récoltent que la souffrance.

Tant que la guerre, la corruption et le patriarcat dicteront leurs lois dans les mines, le pays restera riche de minerais mais pauvre d’humanité.

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