Dimanche le 18 mai à Mashango, le jour s’est levé sur des cris et des flammes. Dans ce village du Nord-Kivu, c’est une date que plus personne n’oubliera. Des témoins glaçant parlent d’une attaque brutale menée par l’armée rwandaise et les rebelles du M23, une incursion éclair qui a tout laissé derrière elle : des morts, des décombres, et une population errante.

« Nous avons fui les mains vides. Certains ont perdu leurs enfants, d’autres leurs maris. Moi, je vis seule avec mes enfants, sans abri. Mon mari a été tué, jeté dans la fosse des toilettes », témoigne Ishara Maombi, une habitante du village, debout devant ce qui fut autrefois sa maison.
Plus loin, quatre orphelins montrent ce qu’il leur reste : un bidon à moitié brûlé, un panneau solaire détruit, et une scie rouillée, le dernier souvenir de leur père, scieur de métier. « Nos rêves sont partis en fumée. Sans parents, sans soutien, on ne sait plus où aller. Comme tu nous vois, on vit dans la brousse, au jour le jour », confie à Reelactu l’un d’eux, le regard fixe.
Le chef de la localité de Mashango, les larmes retenues, décrit une scène d’apocalypse : « Ils sont entrés en tirant. Tout a été incendié. Après les combats, nous avons compté 50 morts. Mais même aujourd’hui, nous continuons à ramasser des corps dans la brousse ». Plusieurs villages dont Kinyamugezi, Rwindi, Nyenyeri, Kanyabuhunga ont subi le même sort : pillages, incendies, exécutions ciblées. La population a été contrainte de fuir, sans même pouvoir emporter de vivres ou de vêtements, un peu comme ce qui s’est passé à Kishishe.
Beaucoup dorment désormais dans les églises, les écoles, ou sous les arbres. Pour Shukuru Zausa, président de la société civile de Bukombo, cette attaque cache une intention plus sombre : « Au moins 30 personnes tuées ici parlaient la langue hutu. Ce n’est pas un hasard. Il s’agit d’un ciblage ethnique, masqué derrière une offensive militaire ». Selon lui, plus de 500 maisons ont été incendiées dans le groupement de Bukombo. Les biens des habitants ont été systématiquement pillés, plongeant des familles entières dans une misère extrême. « Nous demandons la paix, rien que la paix »
Tous les témoignages convergent vers un cri commun : le besoin urgent de paix et d’assistance humanitaire. « Nous supplions l’État congolais de ramener la paix. Nous ne demandons pas l’impossible, juste le droit de vivre, de dormir en sécurité, et de nourrir nos enfants », plaide Ishara. Reelactu a tenté de contacter les rebelles pour avoir leur version de fait sans succès.
Aujourd’hui, les survivants de Mashango attendent que les balles cessent, que les convois humanitaires arrivent, et que le monde regarde enfin en face ce drame humain silencieux. Réel Actu continue de suivre cette situation. Car ce qui se vit à l’ombre mérite d’être vu en pleine lumière.









