Alors que des messages alarmistes affirmaient que la communauté banyamulenge était prise pour cible à Uvira, Reelactu a mené l’enquête. Témoignages de leaders communautaires, d’acteurs de la société civile et de simples habitants dessinent un tableau plus nuancé : dans cette cité du Sud-Kivu, tensions et manipulations existent, mais la volonté de cohabiter reste forte.
Une ville sous tension mais déterminée à vivre ensemble
Du 22 août au 9 septembre, la cité d’Uvira, érigée provisoirement en capitale provinciale du Sud-Kivu depuis l’occupation de Bukavu par le M23, a connu une atmosphère tendue après l’installation d’un général FARDC contesté. Dans ce contexte, des messages relayant l’idée d’attaques ciblées contre la communauté banyamulenge ont circulé, alimentant peurs et rumeurs.
Pourtant, sur le terrain, FARDC, Wazalendo et armée burundaise sécurisent la ville où cohabitent Congolais de plusieurs ethnies et ressortissants burundais, tanzaniens ou kényans. Tous partagent la même aspiration : retrouver la paix.
Les Banyamulenge réaffirment leur attachement à la paix
« Nous continuons à appeler tous les Congolais à vivre la cohésion sociale et la cohabitation pacifique. C’est ce que nous prêchons chaque jour », insiste Muyoboke Ndattabaye, président de la mutualité Banyamulenge/Uvira.
Il dit soutenir la vision du Chef de l’État pour rassembler toutes les communautés et plaide pour un renforcement de la sécurité afin que « toutes les communautés vivent la paix sur tout le territoire national et dans la ville d’Uvira ».
Dans le même esprit, Aimable Iranzi, secrétaire de la jeunesse banyamulenge à Uvira, affirme :
« Nous n’avons pas de problème et nous n’agressons aucune communauté voisine ici. La cohabitation pacifique et la cohésion sociale, c’est la base de tout développement. Sans paix, ni sécurité, notre ville et notre pays ne peuvent jamais se développer. »
La société civile multiplie les initiatives de sensibilisation
Pour Mapenzi Manyebwa, président de la Synergie des sociétés civiles et mouvements citoyens d’Uvira, « nous sommes tous obligés de vivre ensemble. Sinon, nous donnerons aux ennemis un lien pour nous diviser. »
Depuis deux ans, son organisation organise formations sur la gestion des conflits et émissions radios pour aider les habitants à comprendre l’importance de la transformation des conflits et ses conséquences.
Des gestes symboliques et une vie quotidienne partagée
Au détour d’un hôtel de la place, Papy Mukambilwa, chef d’antenne de la protection civile de la ville et du territoire d’Uvira, montre l’exemple : « Nous sommes assis à sept autour de cette table, chacun de communautés différentes. Nous partageons ensemble. Ce n’est pas parce que vous êtes Muyamulenge ou Muvira que vous n’êtes pas appelés à vivre à Uvira. Tout le monde est libre de vivre là où il se sent à l’aise. »
Des habitants rencontrés par Reelactu Anuarite Mungubi, Kipanda Kitungano et Hellene Tundu témoignent dans le même sens : les différentes communautés fréquentent les mêmes marchés, se côtoient sans heurts et appellent toutes au retour de la paix.
Mettre fin aux manipulations politiques
Pour Doudou Merefu, coordonnateur des Wazalendo/Uvira, l’origine de nombreuses tensions réside dans « les politiciens qui essaient d’instrumentaliser sur base tribale. Qu’ils arrêtent ce genre de pratiques. La discipline est la mère de toute armée et nous devons évoluer ensemble ».
L’appel des autorités provinciales
Enfin, Jean Jacques Purusi, gouverneur du Sud-Kivu, exhorte toutes les couches sociales à la cohabitation pacifique pour barrer la route aux ennemis de la RDC : « Nous devons nous mettre ensemble, nous parler et éviter des divisions entre nous qui peuvent donner l’opportunité à l’ennemi de nous réasservir. »
Un même message : préserver la paix
Au terme de cette immersion, un constat s’impose : si les tensions existent et que les rumeurs peuvent attiser la méfiance, la plupart des acteurs locaux leaders communautaires, société civile, autorités et habitants défendent une même idée : la paix est indispensable pour vivre ensemble et reconstruire la région.
Reelactu continuera à documenter ces efforts de cohabitation pacifique, essentiels pour l’avenir du Sud-Kivu et de la République démocratique du Congo.
RDC: Ciblage ethnique à Uvira ? Les Banyamulenge et d’autres communautés témoignent










