Instauré le 6 mai 2021 par le président Félix Tshisekedi, l’état de siège dans l’Est de la République démocratique du Congo totalise aujourd’hui près de cinq années d’application. Conçue comme une réponse exceptionnelle à l’insécurité persistante, cette mesure peine toujours à produire les résultats escomptés.
À l’époque, le chef de l’État justifie cette décision par une recrudescence des violences armées dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Plusieurs groupes rebelles, dont le Mouvement du 23 mars (M23) et les Forces démocratiques alliées, multiplient alors les attaques contre les populations civiles et les positions de l’armée.
L’état de siège transfère les pouvoirs civils aux autorités militaires et policières, avec pour objectif affiché de restaurer l’autorité de l’État et de neutraliser les groupes armés.
Cinq ans plus tard, le constat reste préoccupant. Malgré les prorogations successives, les violences n’ont pas significativement reculé. Au contraire, les années 2025 et 2026 ont été marquées par une intensification des affrontements, notamment autour de Goma, épicentre des tensions dans le Nord-Kivu.
Les déplacements massifs de populations se poursuivent, avec des milliers de civils contraints de fuir leurs villages pour se réfugier dans des camps souvent surpeuplés et précaires.
Du côté des autorités, l’état de siège reste une nécessité stratégique. Le gouvernement congolais évoque une situation de « guerre imposée », pointant notamment des soutiens extérieurs présumés à certains groupes armés.
Pour Kinshasa, lever cette mesure reviendrait à fragiliser davantage les efforts militaires en cours et à céder du terrain face aux groupes rebelles.
En revanche, l’opposition politique et de nombreuses organisations de la société civile dressent un bilan largement critique. Elles dénoncent notamment :
- une efficacité limitée après cinq années d’application ;
- des abus attribués à certains éléments des forces de sécurité ;
- des restrictions des libertés publiques ;
- l’absence d’une stratégie politique globale pour résoudre durablement le conflit.
Ces voix appellent à un changement d’approche, privilégiant le dialogue politique, la réforme du secteur de la sécurité et la prise en compte des causes profondes de l’instabilité.
Alors que la pression internationale s’accentue en faveur d’une solution durable, le débat sur une éventuelle levée de l’état de siège reste entier. Sur le terrain, cependant, la réalité quotidienne des populations civiles demeure marquée par l’insécurité, les déplacements forcés et une crise humanitaire persistante.
Fabien Burume











